chronologie
1220
Une famille noble porte le nom de Chapelle
Au XIIᵉ siècle, le village appartient en tout ou partie à une famille noble dite « de Chapelle », comptée vers 1200 parmi les bienfaiteurs de la cathédrale de Lausanne, indice d’un lignage local influent. Guillaume de Chapelle, chevalier, épouse la fille du Major de Dommartin. Cette alliance rattache la famille de Chapelle à un centre de pouvoir voisin et annonce son déplacement d’ancrage seigneurial.
1228
Paroisse Saint-Martin et organisation religieuse
En 1228, l’église Saint-Martin est attestée comme église paroissiale. Cette reconnaissance confirme l’existence d’une communauté locale structurée autour d’un centre religieux stable, qui joue un rôle essentiel dans l’organisation spirituelle, sociale et territoriale du village.
1250
Transfert progressif des biens aux Vullien puis Genève–Lullin
Une partie des biens de l’ancienne famille de Chapelle passe ensuite aux nobles de Vullien, puis aux nobles de Genève–Lullin, illustrant la circulation féodale des patrimoines par cessions et recompositions.
1300
La terre devient propriété savoyarde
Au début du XIVᵉ siècle, la plus grande partie de Chapelle – Vaudanne passe sous l’autorité du comte de Savoie, probablement à la suite du démembrement et de la recomposition des possessions seigneuriales autour de Moudon. Cette intégration marque une rupture institutionnelle : le village quitte une organisation essentiellement locale pour s’inscrire durablement dans les cadres administratifs et juridiques de la seigneurie savoyarde.
1340
Inféodation d’un domaine à Rolet Vionet
Vers 1340, le baron Louis de Savoie inféode à Chapelle un vaste domaine d’environ trois cents poses à Rolet Vionet, riche bourgeois de Moudon. Cet acte illustre la politique savoyarde visant à confier la gestion des terres à des élites urbaines disposant de moyens financiers et de réseaux solides, tout en consolidant l’emprise seigneuriale sur le territoire et la mise en valeur durable du terroir local.
1354
Attribution de la métralle à Anselme de Clémentzat
En 1354, l’office de la métralle est donné par le comte de Savoie à Anselme de Clémentzat, moyennant un versement annuel prélevé sur les émoluments de la charge, révélant son caractère fiscal et judiciaire.
1355
Transmission du domaine à Féronnet Vionet
Quinze ans après l’inféodation initiale, Rolet Vionet transmet le domaine de Chapelle à son fils Féronnet Vionet. Cette succession, conforme aux usages féodaux et patrimoniaux de l’époque, atteste la continuité de la famille Vionet parmi les détenteurs des terres de Chapelle et son rôle durable dans l’encadrement foncier local.
1358
La communauté paysanne apparaît comme acteur juridique
La « communauté des paysans de Chapelle » intervient comme telle dans un procès auprès du bailli de Vaud à Moudon, signalant l’émergence d’une structuration communale au début du XIVᵉ siècle.
1370
Jean Serragin entre dans la chaîne des transmissions
Dans la continuité des transmissions du domaine de Chapelle au sein des élites locales, la fille de Féronnet Vionet épouse le bourgeois moudonnois Jean Serragin. Cette alliance matrimoniale marque l’entrée de la famille Serragin dans la chaîne de détention du domaine et illustre le rôle central des mariages dans la circulation des biens fonciers entre lignages urbains et seigneuriaux.
1382
Jean Serragin achète la métralle de Chapelle
Jean Serragin acquiert du comte de Savoie la métralle de Chapelle, c’est-à-dire les droits de justice exercés sur la communauté. Cet acte renforce son autorité seigneuriale locale et illustre la délégation progressive de compétences judiciaires à des bourgeois influents, dans le cadre de l’organisation administrative savoyarde.
1410
Françoise Serragin épouse Nicod d’Ifflens
Dans la continuité des transmissions patrimoniales de la métralle et du domaine de Chapelle, Françoise Serragin, unique héritière de Jean Serragin, apporte une importante fortune en épousant le noble Nicod d’Ifflens. Cette alliance marque le passage des droits et des biens de Chapelle dans une famille de rang nobiliaire, illustrant les liens étroits entre bourgeoisie urbaine et noblesse régionale.
1450
Début de la seigneurie des Praroman
Par alliance, la fille de Nicod d’Ifflens apporte la seigneurie à Henri de Praroman, bailli de Lausanne sous l’épiscopat d’Aymond de Montfalcon (1495–1499), ouvrant une longue période de domination praroman.
1497
Homage au duc de Savoie
Le 29 janvier 1497, Raoul de Praroman, héritier de la seigneurie de Chapelle–Vaudanne, rend hommage au duc Philibert de Savoie. Cet acte solennel confirme officiellement les droits seigneuriaux de la famille de Praroman et entérine son intégration pleine et entière dans la hiérarchie féodale de l’État savoyard.
1524
Premier Besson attesté à Chapelle
Vers 1524, le seigneur de Praroman nomme Jacques Fillet, dit Besson, à la fonction de métral de Chapelle. En tant que représentant local du seigneur, le métral est chargé de l’administration du domaine, de la perception des redevances et de l’exercice de la justice seigneuriale. Cette nomination marque la première attestation du nom de Besson dans la localité et l’entrée durable de cette famille dans l’administration seigneuriale et l’histoire sociale du village.
1536
Conquête bernoise du Pays de Vaud
En 1536, la conquête bernoise du Pays de Vaud entraîne un profond changement politique et institutionnel. Après la capitulation de Moudon et la soumission de la région, Berne réorganise le territoire en bailliages. Chapelle est intégrée au bailliage de Moudon, administré depuis le château de Lucens, et la Réforme est imposée dans l’ensemble du pays soumis à l’autorité bernoise.
1660
André de Praroman prend possession de la seigneurie de Chapelle
Vers 1660, André de Praroman devient maître de la terre de Chapelle. Issu de la bourgeoisie lausannoise, il administre désormais la seigneurie de manière directe et méthodique, renforçant le contrôle des droits seigneuriaux, la gestion des terres et l’application des obligations pesant sur les habitants.
1662
André de Praroman devient seul seigneur de Chapelle
En 1662, André de Praroman consolide définitivement sa position en devenant seul seigneur de Chapelle. Il réunit l’ensemble des droits seigneuriaux sur le territoire et détient la seigneurie comme fief noble relevant de Berne, sans obligation de prêter hommage.
1664
Renforcement de la justice seigneuriale sous André de Praroman
Dans les années 1660, André de Praroman exerce avec fermeté les droits de moyenne et de basse justice sur la seigneurie de Chapelle. Il renforce le contrôle seigneurial, surveille étroitement la gestion communale et impose une administration centralisée et rigoureuse du territoire.
1674
Arrêt de Lucens dans le conflit seigneur–communauté
Les exigences seigneuriales accrues entraînent de vives tensions entre André de Praroman et les habitants de Chapelle. Les conflits portent sur les redevances, les corvées, les droits d’usage et la gestion des biens communaux. Un jugement rendu au château de Lucens tranche un large conflit entre le seigneur et les communiers. La sentence attribue à chacune des parties certains points, mais confirme l’essentiel des droits seigneuriaux.
1674
Confirmation du jugement en appel à Berne
En novembre 1674, la Chambre des appellations romandes à Berne confirme le jugement rendu à Lucens dans le conflit opposant le seigneur aux communiers. Les frais de justice sont mis à la charge des recourants, ce qui accentue le mécontentement et le ressentiment des habitants.
1675
Audience à Berne et sanction des communiers
Après démarches et recours, les communiers sont renvoyés devant les instances compétentes; un arrêt réserve leur châtiment. Sur ordre souverain, le bailli de Moudon les fait emprisonner brièvement à Lucens.
1680
Droit de haute justice et fourches patibulaires
En 1680, la famille de Praroman obtient du gouvernement bernois le droit de haute justice sur la seigneurie de Chapelle. Jusqu’alors limitée à la basse justice exercée par un métral, leur autorité s’étend désormais aux peines capitales, symbolisées par l’installation de fourches patibulaires, dont l’usage semble être resté exceptionnel.
1745
Rodolphe Samuel de Praroman devient seigneur de Chapelle et Martherenges
En 1745, noble Rodolphe Samuel de Praroman prend officiellement le titre de seigneur de Chapelle et de Martherenges. Cet acte confirme la continuité de la domination de la famille de Praroman sur la seigneurie et illustre le maintien des structures seigneuriales jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.
1750
Construction du château de Chapelle
Vers 1750, le château de Chapelle est édifié. Son implantation transforme durablement le paysage bâti et symbolise l’affirmation d’un pouvoir seigneurial résidentiel, marquant la présence et le statut social des détenteurs de la seigneurie.
1777
Construction du Casino
Le bâtiment dit du « Casino » est construit en 1777. À l’origine, son premier étage est destiné aux rencontres et aux jeux, servant de lieu de sociabilité villageoise plusieurs soirs par semaine. Cette fonction se maintient jusqu’en 1930, faisant du Casino un élément central de la vie sociale locale.
1794
Vente à Charles Louis de Réal
En 1794, la famille de Praroman vend la seigneurie de Chapelle à Charles Louis de Réal pour la somme de 20'000 livres. Cette cession marque la fin de la seigneurie féodale locale et précède de peu l’abolition des droits féodaux, dans le contexte des bouleversements politiques et institutionnels liés à la Révolution.
1794
Liquidation des droits féodaux
Peu après l’acquisition de la seigneurie, Charles Louis de Réal est contraint de renoncer à l’ensemble de ses droits seigneuriaux lors de la liquidation des droits féodaux. Le bureau de liquidation procède à une réévaluation à la baisse des revenus attachés à la seigneurie, entraînant une forte diminution de sa valeur économique et juridique.
1796
Construction du vieux four à pain
Le vieux four à pain, situé à la rue du Château, est édifié en 1796. Récemment rénové, il demeure régulièrement utilisé pour des « cuites » de pain et diverses animations saisonnières, perpétuant une tradition artisanale et communautaire profondément ancrée dans la vie du village.
1798
Révolution vaudoise
Le 24 janvier 1798, la Révolution vaudoise éclate sous l’influence des idées de la Révolution française. Des comités patriotes, appuyés par la France, proclament l’indépendance à Lausanne et mettent fin à l’autorité des baillis bernois, ouvrant une nouvelle phase politique pour le Pays de Vaud.
1800
Succession et base de traitement du général de Meuron
À la suite de la succession du noble de Réal, le général de Meuron voit ses droits évalués dans le cadre de la liquidation féodale. Le traitement financier qui lui est accordé est fixé à 19'000 francs, nettement inférieur aux 47'766 francs initialement estimés, illustrant la dévalorisation des anciens droits seigneuriaux à la fin de l’Ancien Régime.
1827
Acquisition du château par Jean Charles Pache
En 1827, le notaire Jean Charles Pache acquiert le château de Chapelle. Cette transaction marque le passage définitif de l’ancien patrimoine seigneurial à une famille bourgeoise locale, inscrivant le domaine dans une continuité privée dont les descendants demeurent encore propriétaires aujourd’hui.
1839
Construction de l’ancienne école du village
L’école du village est construite en 1839 pour répondre aux besoins scolaires de la population locale.
1902
Arrivée de l’électricité à Chapelle
En 1902, l’électricité est introduite à Chapelle, marquant une étape majeure dans la modernisation du village. Cet équipement transforme progressivement les conditions de vie quotidienne, l’éclairage public et privé, ainsi que les pratiques artisanales et agricoles, inscrivant durablement la commune dans la dynamique technique du XXᵉ siècle.
1987
Synthèse historique par John Besson
En 1987, John Besson publie une synthèse retraçant près de huit siècles d’histoire de Chapelle. Cet ouvrage de référence fixe durablement la mémoire historique locale et constitue une base essentielle pour la connaissance et la transmission du patrimoine du village.
2013
Fusion communale et fin de l’autonomie administrative
En 2013, Chapelle-sur-Moudon fusionne avec plusieurs communes voisines pour former la commune de Montanaire. Cette réorganisation administrative met fin à l’autonomie communale du village, tout en préservant son identité historique, territoriale et patrimoniale au sein de la nouvelle entité.